Pourquoi l’usage de la deuxième personne ?

La 28e Nuit
C’est la lecture du magnifique Lambeaux de Charles Juliet qui m’a fait découvrir cette personne. 
J’ai eu la chance de découvrir cette œuvre grâce à une excellente professeur de Français.
Au sein de cette histoire, l’auteur nous raconte ses mères, d’abord cette mère naturelle, si touchante dans son monde un peu trop rude, et beaucoup trop aride en connaissances à lui offrir, dont le destin tragique laisse forcément une impression amère. Son sentiment d’égarement, son angoisse, ce vide autour d’elle, on comprend peu à peu qu’en plus d’être celui d’une mère, il est aussi celui d’un fils. Comme un héritage maudit, cette soif de connaissances.
Le « tu » place cette mère sur un piédestal où personne ne viendrait s’aviser de la déloger. C’est une mère qu’on célèbre ici. Plus, c’est la souffrance, le deuil d’une mère que l’on partage.
Lorsque Juliet en vient à demander pardon, pardon d’avoir été l’enfant de trop, celui qui se croit responsable de la mort de sa mère, de son épuisement, on aurait envie de lui hurler que ce n’est pas sa faute. Que la mort de sa mère, ce n’était pas lui, non, mais juste la vie, la guerre, l’injustice. Juste le vide. Et cette quête d’une perfection qu’elle désespérait de ne pouvoir atteindre.
Et puis la deuxième mère, adoptive, celle qui fut réellement connue, celle qui ne fut qu’amour. Celle qui offrit le confort d’une famille, pauvre mais aimante. Celle qui lui permit de vivre sa vie, parce qu’elle n’était que sacrifices. Pour tous ses enfants et même ceux adoptés, d’ailleurs.
Ce petit livre est indéniablement un bijou ! Le résultat d’une écriture ciselée par le travail, une écriture emplie de poésie. Et cette écriture d’où émane tant d’émotions, c’est finalement grâce à ce tutoiement qui offre une magnifique façon de rendre hommage à deux femmes aimées.
La puissance d’évocation de cette deuxième personne m’a hanté depuis et j’ai franchi le pas. Je suis, d’ailleurs, plutôt à l’aise avec son usage. 
Le “tu” est une expérience !